Odeur et santé

L’olfaction ou odorat est un sens chimique dont le point de départ est l’interaction entre des molécules volatiles odorantes avec des récepteurs olfactifs localisés dans l’épithélium olfactif. L’odorat permet notamment aux êtres vivants d’identifier et de réagir aux substances présentes dans leur environnement. Bien que moins étudiée que la vision et l’audition, l’olfaction présente désormais un regain d’intérêt grâce à son association avec de nombreuses pathologies liées au vieillissement de la population. Ainsi, la prise en compte des fonctions olfactives, à travers les composantes qui peuvent en être évaluées, mais aussi l’effet de certaines molécules odorantes présentent une piste d’intérêt pour diagnostiquer des maladies du XXIe siècle (Cancer, Parkison, Alzheimer…).

Par exemple, la perte sensorielle olfactive associée à l’âge est un symptôme très gênant chez les personnes âgées puisqu’elles ne sont plus en mesure d’apprécier le goût des aliments et surtout de détecter des fuites de gaz, l’odeur du feu ou un environnement pollué. Des difficultés à ne pas reconnaître des odeurs familières pourraient être un signe avant-coureur de dégénérescence cérébrale. Ce déficit olfactif, connu sous le nom d’anosmie, est de plus en plus étudié par le corps médical et est aujourd’hui utilisé comme un marqueur précoce probable de certaines pathologies dégénératives telles que la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson. Il est à noter que l’anosmie peut être provoquée par des fractures de la lame criblée, des infections virales ou des maladies sinusiennes chroniques.

De nombreux travaux ont mis en évidence une réciprocité entre la présence d’altérations olfactives et le risque de développer la maladie d’Alzheimer. D’une part, les patients à risque génétique de maladie d’Alzheimer ou ayant des troubles cognitifs modérés présentent des altérations olfactives significativement plus importantes que les sujets sains, et, d’autre part, il a été démontré que les patients présentant une anosmie associée à un risque génétique de développer une maladie d’Alzheimer présentaient un risque cinq fois plus important de développer une maladie d’Alzheimer par la suite.

De nombreux chercheurs se sont également intéressés ces dernières années à l’étude des atteintes olfactives dans les troubles psychiatriques, principalement en raison du chevauchement partiel des aires cérébrales impliquées dans l’olfaction, dans la perception émotionnelle et dans la dépression. Les enjeux cliniques sont importants puisque la caractérisation de ces troubles sensoriels pourrait apporter de nouveaux éléments de connaissance sur la manière dont les personnes déprimées perçoivent leur environnement olfactif, et ouvrir la voie de l’utilisation de tests olfactifs dans la pratique clinique comme outils complémentaires permettant le suivi de la progression de la maladie.

D’autres travaux récents ont soulevé que les récepteurs olfactifs pouvaient être impliqués dans la progression tumorale et notamment dans les cas de cancers hormonaux dépendant. Par ailleurs, il été démontré que des molécules volatiles, issues d’huile essentielle de plante, inhibaient la β-secrétase et l’acétylcholinestérase qui sont deux enzymes clés intervenant dans le développement de la maladie d’Alzheimer. Leur caractère lipophile est ici très intéressant car cela leur permet de passer facilement à travers les membranes cellulaires et la barrière hémato-encéphalique. De même, il a été démontré que les animaux étaient capables de s’auto-médicamenter en consommant des plantes aromatiques dont leurs composés volatiles et semi-volatiles, sont connus pour leurs effets thérapeutiques sur le stress et l’immunité.

Les dérégulations de la fonction olfactive participent, d’autre part, à l’installation d’états métaboliques pathologiques d’obésité ou de dénutrition observés chez l’homme sain, malade ou âgé. La perception olfactive joue en effet un rôle important dans le déclenchement ou l’arrêt de la prise alimentaire et, en retour, l’état nutritionnel module la sensibilité olfactive et les activités/régulations neuronales au niveau de la muqueuse et du bulbe olfactifs. Mieux comprendre les mécanismes de plasticité reliant statut nutritionnel et sensibilité olfactive permettra de préciser l’importance de l’environnement odorant, à différentes étapes clés de la vie, sur les choix et la prise alimentaires. Ces recherches participent ainsi à la prévention des troubles métaboliques. Enfin, l’environnement olfactif est un levier qui peut permettre d’améliorer le bien-être et la santé, tant chez l’humain que chez les animaux. Réciproquement, des états de stress ou de pathologies peuvent être détectés dans les sécrétions corporelles, notamment les fèces, et permettre le développement de bio-marqueurs non-invasifs.

Ces problèmes de santé publique et de santé animale, ainsi que l’implication croissante des odorants et des récepteurs olfactifs dans divers processus physiologiques et/ou pathologiques entraînent un regain d’intérêt pour l’étude de la sensibilité aux molécules odorantes en lien avec la santé. Ce domaine de recherche fondamentale, nécessairement interdisciplinaire, se révèle potentiellement porteur de nombreuses applications pratiques dans lesquelles les scientifiques de spécialités variées ont un rôle important à jouer. Il fait intervenir différents domaines (biologie moléculaire et cellulaire, expérimentation animale, médecine, chimie, sciences sociales, neurosciences sensorielles) et différents concepts comme la relation olfaction/nutrition ou encore le lien entre l’odorat et l’hygiène sociale.

Les objectifs de l’axe « Odeurs & Santé » du GDR « O3 » seront multiples et s’intéresseront particulièrement :

  • à l’étude des troubles de l’odorat liés soit à un défaut de transmission des molécules odorantes aux récepteurs olfactifs (maladies aiguës et chroniques rhino-sinusiennes), soit à une pathologie du neuro-épithélium olfactif (virale, traumatique, vieillissement normal) ou des voies olfactives (maladies neuro-dégénératives, traumatismes crâniens, vieillissement normal)

  • à la mise en place de thérapies olfactives et l’étude de leurs effets

  • à la compréhension des processus impliqués dans la progression de diverses maladies impliquant les récepteurs olfactifs

  • à la découverte des nouveaux inhibiteurs de l’acétylcholinestérase et de la β-secrétase

  • à l’expérimentation chez l’animal, notamment d’élevage, de l’effet des huiles essentielles sur leur bien-être et leur santé.

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